La question de la nationalité congolaise: une situation dangeureuse qui exige une main experte

Une société qui n'est pas codifiée ou qui n'est pas bien codifiée, est une société vouée au désordre, au chaos.

L'élément essentiel qui permet de codifier une société, c'est la loi dont le caractère impersonnel et impartial est facteur de paix, de  concorde et de cohésion sociale.

L'ouverture d'une information judiciaire par le PGR Flory Kabange Numbi contre Moïse Katumbi pour usurpation de la nationalité congolaise, vient d'actualiser une question capitale à la sécurité, certes d'un pays mais également hautement sensible, susceptible de porter un coup très dur à la paix, à la cohésion nationale, faute d'une mauvaise gestion.

La question de nationalité, double pour les uns, exclusive pour les autres, souvent actionnée par plusieurs dirigeants africains dans le but non pas de régler, normaliser ou cimenter la sécurité, la souveraineté nationale, mais plutôt pour régler ses comptes par rapport à un challenger en vue de l'exclure des enjeux avec l'intention bien de fois de conserver illégalement le pouvoir.

Un sujet qui ne requiert pas assez souvent une attention particulière ou des analyses approfondies de la part de ces derniers au regard de plusieurs facteurs parmi lesquels la balkanisation de l'Afrique à la conférence de Berlin, laquelle avait fait fi des plusieurs réalités africaines, particulièrement les éthnies qui se sont retrouvées de part et d'autres, des nouvelles frontières.

Il faut également ajouter le concept "frontière" qui devient de plus en plus virtuel avec la mondialisation et la formation de grands ensembles régionaux et sous régionaux  dictés par l'économie des marchés et autres réalités. Il est donc essentiel de conclure que la question de  la nationalité à ces jours, ne dépend pas seulement de la seule appartenance à un éspace géographique donné, organisé en Etat.   

Ainsi donc, la mauvaise gestion souvent faite de cette question par maintes dirigeants africains a été et est au coeur de plusieurs conflits en Afrique. Le plus éloquent est celui survenu en Côte d'Ivoire avec le concept "Ivoirité" qui a, non seulement ôté à cet Etat Ouest-africain l'image de l'un des pays le plus stables de la région depuis son indépendance, mais également a enfreint à la notion de puissance de l'une des meilleures économies de l'Afrique de laquelle dépendait la stabilité de la sous-région à côté de celle du Nigéria.

Le scénario a été presque pareil en RDC avec la fameuse rébellion de "Banyamulenge" présentée comme étant "des Tutsis congolais" à qui l'Etat Zaïrois à l'époque ne reconnaissait pas la nationalité zaïroise.

Une affaire voule de bannale au départ, qui dans l'évolution de la crise congolaise avec un bilan de six millions de morts, et pour beaucoup. Une rébellion, au-délà de ses non-dits, a montré l'importance pour la RDC de scruter en profondeur sa position géostratégique, entourée de neufs voisins et une frontière maritime.Une spécificité rare au monde qui impose à la RDC des problèmes de coopération différenciés avec chaque pays limitrophe, mais aussi des défis sécuritaires.

Une réalité qui s'est plus imposée à l'Est de la RDC en ce qui concerne particulièrement les relations entre elle et le Rwanda pour le problème précis des minorités de "Banyamulenge" et "Banyarwanda", éthnies non répertoriées en tant que telles en RDC.

Si à l'Est ces cas posent problème avec acquité, à l'Ouest de la RDC où les citoyens de plusiuers pays voisins à l'instar de l'Angola, de Congo Brazzaville, de la Centrafrique, vivants en RDC, certains usurpant même la nationalité congolaise, quand bien même ne constituant pas encore une ménace à la sécurité interne et la paix, doit déjà faire l'objet d'analyses de la part de dirigeants congolais.

Ne dit-on pas que gouverner c'est prévoir?


La question de la nationalité en RDC avait déjà en 2007, fait l'objet d'un débat houleux à l'Assemblée Nationale avec la commission d'enquête exigée par José Makila, à l'époque député national MLC. Sa démarche avait pour objectif de trancher sur cette problématique d'usurpation de la nationalité congolaise qui concernait plusieurs dirigeants aux affaires.

Un moratoire de trois mois accordé aux concernés pour opérer un choix entre la nationalité congolaise ou étrangère et se conformer ainsi à l'article 10 de la Constitution qui stipule que la nationalité congolaise est une et exclusive et ne peut être porté concuremment  avec une autre nationalité était de l'eau jetée à un foyer d'incendies qui pouvaient compromettre le semblant de compromis trouvé par la classe politique pour mettre fin à une longue crise qui avait divisé le pays.

Tout compte fait, une seule question s'impose : pareille situation, est-elle  inconnue du  PGR Flory Kabange Numbi avec l'ouverture de cette information judiciare contre Moïse Katumbi? Une question qui reste en tout cas posée.     
 

Lionel Ipakala

Top