Bian Yongzu: « l’administration Trump continue son show »

Bian Yongzu est chercheur à l’Institut de recherche financière de Chongyang de l’Université du peuple de Chine. Ci-dessous son commentaire sur le bras de fer commercial qui oppose son la Chine, aux Etats-Unis.

La Bourse de New York était en forte baisse le 6 avril. Les trois principaux indices ont enregistré une chute de plus de 2%, notamment le Dow Jones qui a cédé plus de 700 points à la mi-journée. La cotation a disparu quelques instants. Le marché des capitaux est dans l’incertitude.

Il est aisément compréhensible qu’un agent de la Bourse de New York, interviewé par CNN, se soit plaint de la déclaration de Donald Trump sur les 100 milliards de dollars d’importations chinoises.

Le gouvernement américain a déclaré qu’il était possible qu’il publie une nouvelle liste de produits chinois importés, d’un montant de 100 milliards de dollars, qui pourraient être surtaxés.

Cette menace a aggravé la panique des investisseurs. Ancien animateur de téléréalité, Donald Trump n’a pas changé de style depuis sa prise de fonction à la Maison Blanche.

Depuis un an, le cabinet américain n’a jamais été au complet, mais cela n’empêche pas le président de démettre sans cesse ses ministres, de Steve Bannon, son ancien conseiller stratégique, à Rex Tillerson, son ancien secrétaire d’Etat, en passant par James Comey, ex-directeur du FBI.

La phrase « vous êtes viré ! » est devenue un classique dans les couloirs de la Maison Blanche.

En plus de s’opposer à sa propre équipe, le gouvernement Trump a pris l’habitude de s’opposer au monde. Peu après sa prise de fonction, le ministère américain du Commerce a ouvert une enquête au titre de la Section 232 sur les produits en acier et en aluminium importés, et a tenté de modifier les accords de libre-échange conclus avec ses partenaires.

Il existe bien sûr des partenaires comme la République de Corée qui a facilement accepté son offre par crainte d’être exclue.

Mais plus nombreux sont ceux, tels l’Union européenne, le Japon, l’Argentine et le Mexique, qui n’ont pas voulu accepter sans résister.

De ce fait, Donald Trump a été obligé de modifier la Section 232 et a interrompu la surtaxe des produits en acier et en aluminium importés depuis certains pays. L’enquête au titre de la Section 232 n’était qu’un début.

Le summum a été atteint avec l’enquête au titre la Section 301 contre la Chine. Le bureau ovale n’a même pas caché son intention de contrer la stratégie chinoise « Fabriqué en Chine 2025 ».

Les Etats-Unis ont sans aucun doute encaissé les contremesures venant de la Chine, qui a montré sa résolution, « n’ayant pas peur des difficultés » et étant prête à « tenir jusqu’au bout ». Ce qui a été une surprise pour le gouvernement américain. Le « one man show » de Donald Trump va vraisemblablement mal tourner. Depuis plus d’un an, l’enquête russe, le « Russiagate », s’intensifie.

Si le président américain n’avait pas manifesté une certaine dureté, il n’aurait pas eu grand-chose à raconter à ses supporters avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. La réforme fiscale n’a fait qu’endetter les Etats-Unis, à hauteur de 20 000 à 21 000 milliards de dollars pour le moment, et ce chiffre pourrait s’accroître rapidement. Le remboursement de la dette demeure de l’ordre du rêve.

Ce qui est encore plus ennuyeux, c’est que cela va nuire à la crédibilité du dollar, une conséquence très lourde pour les Etats-Unis.

La meilleure solution pour les Etats-Unis serait de tenir la maison avec sérieux et économie. Commencez par un changement de comportement, arrêtez de dépenser sans compter.

Moins de spéculations et de montages financiers complexes, qui consistent à gagner de l’argent par de l’argent. Il faut savoir tirer profit de ses atouts, augmenter sa productivité, être plus performant et offrir des produits de qualité, à travers une concurrence loyale, aux consommateurs du monde entier.

C’est justement dans cet esprit que tous les pays du monde soutiennent la globalisation et la lutte contre le protectionnisme. Malheureusement, les Etats-Unis vont dans la mauvaise direction.

Alors que la Chine s’efforce de développer ses industries de technologie de pointe, l’administration Trump n’a qu’une idée en tête : réprimer la Chine en profitant de sa place de superpuissance mondiale et en déclenchant des litiges commerciaux, et même une guerre commerciale. Pourtant les Etats-Unis n’ont plus le monopole de l’innovation.

En Chine, les recherches scientifiques bénéficient d’un investissement généreux et coûteux du gouvernement et du secteur privé, étant donné que la Chine a su accumuler des fonds solides depuis des décennies. L'industrie manufacturière est bien établie en Chine, avec chaque année 7 ou 8 millions de diplômés de l’enseignement supérieur qui entrent sur le marché du travail.

Le marché intérieur est en expansion, et n’est pas loin de la première place mondiale. Il est possible que M. Trump se fiche de la réussite de son « show », et qu’il aille jusqu’au bout. Tant pis, que le show continue.

Top