Rassemblement émietté, Étienne Tshisekedi, un mythe irremplaçable, selon l'analyse Richie Lontulungu

Qui reconstruira l’homme d’Etienne Tshisekedi  ? Cette question essentielle taraude les esprits de tous ceux qui ont cru et accompagné la lutte noble de celui qui a été considéré comme l'éternel opposant en RDC, mort le 1er février dernier à Bruxelles. 

Pour l'analyste socio-politique congolais, Richie Lontulungu, il semble difficile pour ne pas dire impossible de concilier, aujourd’hui au sein du Rassemblement des forces politique et sociales acquise au changement, qui du reste émietté, la dualité qu’incarnait le Sphinx de Limete, notamment le radicalisme et le libéralisme dont l’homme a fait preuve de son vivant.
« Les analystes ont su prouver plus d’une fois que l’unité-apparente au sein de ce regroupement politique ne tenait qu’au bout d’un fil, Etienne Tshisekedi. Si la course à la montre s’est arrêtée pour « Ya Tshitshi », néanmoins le Rassemblement dans Toute sa Diversité reste une dernière dans la série d’inventions politique de E. Tshisekedi en temps de crise. On se souviendra aussi de l’Union Sacrée de l’Opposition fondée en marge de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) », se rappelle Richie Lontulungu.
Pour cet observateur, chacune des forces politiques et sociales qui se sont alliées à Etienne Tshisekedi, lors de la création du Rassemblement, s’identifiait à l’une ou à l’autre dimension du « leader Maximo ». Chacun croyait indiscutablement que l’une de deux dimensions de ce natif de Kabeya Kamuanga allait inéluctablement conduire à l’alternance.
Cernant les faits de près, Richie Lontulungu pense que la glace, au sein du Rassemblement, serait définitivement brisée après la scission en deux pôles, affirmant tous incarnées la lutte de l’opposant historique, au lendemain de son décès. Alors que les lignes conductrices de ces deux factions ne demeurent parallèle, moins encore leurs motivations.


Brin de différence


Selon R. Lontulungu, pour la faction radicale, c’est-à-dire, celle favorable à la vision révolutionnaire de Etienne Tshisekedi, la meilleure façon de poursuivre le combat, est d’appeler à des manifestations de rue ou à des journées villes mortes, etc. C’est cette tendance du Rassemblement, dit-il, qui croit toujours que seul le coup de gueule tranchera sur la crise en RDC.
Par contre, il précise que la seconde faction du Rassemblement pense que poursuivre avec la voie des négociations mouches et publiques ou encore, composer avec le pouvoir, serait la meilleure des options pour mettre fin à la crise. C’est du moins, ce que relève cet analyste socio-politique, de l’avis des modérés ou de l’aile libérale Tshisekediste.
Face à cette dualité des courants autant qu’à la disparition de l’homme qui incarnait le centre de l’union, il devient alors difficile de concilier les appétits des deux camps qui dans leurs fonds, ressortent les contradictions qui ont toujours caractérisé l’opposition politique congolaise.
La légende de Tshisekedi, celle de « l’homme qui savait parler français pour plaire et le lingala-facile pour enthousiasmer les masses populaires », a, à jamais disparu. Même Tshisekedi fils n’a pu hériter de cette dualité cosmique de son géniteur. Lui, comme les autres, sont catégorisés dans un pôle spécifique.
« On se souviendra d’un Tshisekedi récalcitrant et d’un Tshisekedi diplomate. La vie de cet homme est marquée par la recherche de l’équilibre entre ces deux dimensions qui s’excluaient pourtant mutuellement », affirme Richie Lontulungu. Et d’ajouter : « on savait aussi de lui quelqu’un qui maitrisait l’art du compromis. L’habileté manoeuvrière et opportuniste de ce personnage n’était plus à démontrer au fil du temps. D’un fait très récent, au moment où les masses populaires attendent qu’il appelle à des mobilisations de masse en contrepoids au régime, il sera le premier à se rendre au Centre Interdiocésain à l’approche de la date fatidique du 19 décembre 2016, marquant ainsi le début formel des discussions après plusieurs mois d’attente et d’hésitations ».
Entre les deux pôles qui se revendiquent de Tshisekedi, qui a pris la part de la raison ou du bon côté de l’histoire? Difficile de prédire l’avenir, mais une chose est sure : « l’évidence est claire aujourd’hui, le peuple Congolais ne sait vraiment plus à quelle pole du courant s’associer. Il est difficile d’incarner la lutte de Etienne Tshisekedi car pour le peuple, chacun de ces camps présente des incohérences et des insuffisances. L’homme Tshisekedi devient ainsi difficile à reconstruire. A chaque occasion, les masses populaires utiliseront la légende de Tshisekedi pour remettre en question les mesures concrètes de chacun des mouvements, car les sympathisants sont restés nostalgiques à Tshisekedi », analyse-t-il avant de conclure en interrogeant : « l’héritage politique d’Etienne Tshisekedi est-il appelé à disparaitre dans le futur avec l’effondrement de ces deux tendances ? Il est trop tôt pour y répondre. Qu’à cela ne tienne, une chose est certaine, rien ne sera plus comme avant ».

 

Top